Unitone porte jusque dans son nom les valeurs qui le fondent. Créé dans un cercle amical voire même familial, cette formation distille des sonorités jamaïcaines originales qui plongent leurs racines dans les années 1950 avec le ska ou le rocksteady jusqu'au reggae new roots contemporain. Rencontre avec ce collectif autodidacte qui évoque sa naissance il y a quatre ans, sa démarche de composition et son rapport aux influences jamaïcaines, la place qu'occupe cette musique en France, ses projets aboutis ou à bâtir, ses problèmes pour péréniser le projet...
Vous pouvez présenter Unitone ? Quand est-ce que le groupe est né ? Qui en est à l'origine ?
Tout d’abord, nous venons de Besançon dans le Doubs. L’idée de monter un groupe Reggae est née en 2000. Kalag-I et No Smiling Man avait déjà une formation qui n’a pas tenu. Mais l’envie de faire de la musique ensemble était toujours aussi vivace. Alors il a fallu trouver de nouveaux acolytes. Cela s’est fait dans un réseau d’amis et même familial puisque les deux chanteuses sont les sœurs de Kalag-I et de No Smiling Man.
Finalement, ce n’est qu’en 2002 que la formation est complète. On y trouve huit musiciens : Kalag-I (chant & saxophone) ; Katia (chant & trombone) ; Adeline (chant & saxophone) ; Rude Boy (guitare) ; Woody (claviers) ; Kroukaman (percussions) ; James (batterie) ; No Smiling Man (chant & basse). A ceux-ci s’ajoutent les techniciens et l’encadrement. A savoir Marco « Dubwise » au son ; « Maman » Sarah à la lumière ; Sunatcha au management et enfin MAM qui nous accompagne sur la route…
Aujourd’hui le groupe interprète ses propres compositions en respectant les différentes musiques jamaïcaines (shuffle - ska - rocksteady - early reggae - roots – new-roots). Tout le monde s’y retrouve car ça permet de brasser des genres différents qui puisent eux-mêmes leur existence de multiples influences. On vient de sortir un maxi, « Many Moods » (prod. Uppertone), qui est accompagné d’un spectacle travaillé en résidence au Cylindre (Larnod-25). Ca a été un gros travail mais très enrichissant et pour l’instant les retours que l’on a sont positifs.
UNITONE est la première expérience musicale sérieuse pour tout le monde. La plupart des musiciens sont complètement autodidactes. Et nous sommes content de voir que nous tenons le cap quand tant d’autres se séparent ou laissent tomber. Ca vient certainement du fait que UNITONE est avant tout une expérience humaine. On se connaît tous très bien. Ca se passe de mots. Nous sommes une famille.
Voilà en gros qui nous sommes. On parcours pour l’instant le grand Est de la France ; nous avons eu également l’occasion de jouer en Suisse, en Allemagne et en Espagne. Mais on cherche toujours à étendre notre horizon.
Au début, vous avez commencé par reprendre des standards jamaïcains ou vous avez composé rapidement ?
On n’a pas repris de standards. On s’est lancé directement dans la composition… Avec le recul, ce n’est peut-être pas la meilleure façon d’appréhender un genre musical. Surtout pour les jeunes musiciens que nous étions à nos débuts. Maintenant on « s’amuse » à reprendre des riddims classiques en répétitions ou en balances. Genre le « Christopher Columbus », le « I’m still in love », ou bien encore le « None shall escape ». Pour deux raisons. Un : ça fait super plaisir de jouer des trucs qui groovent autant ; et deux : ça permet de comprendre comment fonctionnent les rythmiques et c’est d’un très grand enseignement… pour notre propre composition.
Quels sont les artistes ou courants qui vous ont le plus influencé dans cette démarche de composition ?
Globalement, toutes les musiques jamaïcaines nous inspirent. Peut-être un peu moins la scène actuelle tout de même. Mais on peut dire que ça va du mento au new-roots. On écoute des choses qui vont des Skatalites à Garnett Silk en passant par Johnny Clark, The Aggrovators, Pat Kelly, Dennis Brown, The Termites, The Paragons… Il y en a beaucoup trop ! Vraiment, c’est sans restriction du côté jamaïcain. Si on essaie de jouer toutes ces musiques, c’est que tous ces artistes nous touchent et nous parlent. Au départ, on s’est engagé dans la composition sans se dire vraiment on va faire tel truc de telle manière. On joue ce qui nous plait. C’est aussi bête que ça…
Après, au niveau de la démarche artistique, il n’y a personne qui nous a influencé dans le choix de jouer les musiques jamaïcaines… Comme on vous l’a dit, ça part d’une envie. Ca s’est fait naturellement. On se sent proche du groupe Orange Street à ce niveau là. Tout en ayant une approche légèrement différente tout de même.
Ce qui nous intéresse, c’est tout simplement de jouer des musiques comme le rocksteady ou le early reggae qui sont méconnus du grand public alors que ce sont des styles d’une grande richesse et très intéressants dans l’évolution de la musique jamaïcaine. Alors, si humblement, on peut contribuer à ce que des gens se penchent un peu sur ces musiques…
En dehors de la Jamaïque, on a tous nos influences. Chaque musicien a son histoire et son parcours musical. On ne va pas tout détaillé mais c’est très vaste : rock, funk, jazz, musiques africaines et caribéennes, classique, soul music, chanson française, Hip-Hop… Tout un tas d’éléments qu’on va incorporer inconsciemment dans notre musique parce qu’ils font partie de notre culture. Ce qui est quand même marrant, ce que dans tous ces genres musicaux, on préfère les vieux trucs des origines…
Comment vous vous placez par rapport à ceux qui sont à l'origine de la musique que vous jouez ?
Un maximum de respect, à tous les niveaux. Ces gens-là savaient écrire des chansons… Mais attention, on ne s’en prétend pas les héritiers. On adore ce que ces personnes ont crée. Surtout quand on pense aux conditions de la création musicale dans les 60’s ou 70’s, et à l’urgence parfois avec laquelle ils devaient chanter ou mettre en musique certains sujets. Donc c’est évident qu’on s’inspire du travail de tous ces artistes, producteurs et ingénieurs… Après, notre relation avec eux s’arrête là. Elle est la même que quelqu’un qui joue du funk et qui s’inspire de James Brown ou des Meters.
Au-delà de ça, c’est vrai que tous ces artistes ont érigé une véritable culture musicale. Hors aujourd’hui, la lumière est portée sur une infime partie de cette culture. Ce qui fait que les gens ne connaissent pas vraiment le reggae. Et on n’a pas envie de voir cette culture mécomprise ou même pire, tomber aux oubliettes.
Ce n'est pas trop difficile de jouer de la musique jamaïcaine ancienne (rocksteady, early reggae...) en France ? Certains puristes sont souvent critiques vis-à-vis des français qui jouent ce genre de musiques...
La musique n’appartient à personne. Certains créent des genres ou des courants, d’autres les reprennent, les modifient et de nouvelles choses voient le jour. Si les « blancs » n’avaient pas tenter de rejouer le rythm’n’blues, le monde n’aurait pas connu le rock. Vous imaginez : pas de Rolling Stones de Beatles ou de Led Zeppelin… Impossible. Ca voudrait dire qu’en France on ne devrait jouer que de la valse et de la bourrée ? Ca n’a pas de sens.
L’intérêt de la musique, c’est de prendre du plaisir à la jouer, et donner du plaisir aux gens qui l’écoutent. C’est tout. Nous aussi nous sommes quelque peu « puristes » dans notre démarche. Mais on ne va quand même pas s’excuser de ne pas être né dans les 50’s à Trenchtown, Denham Town ou Tivoli ?! C’est normal que personne ne puisse reproduire ce qui s’est fait par le passé. Même les « vieux » jamaïcains n’arrivent pas à égaler la qualité de leur travail fait durant l’âge d’or du reggae. Tout a changé. Les instruments, les méthodes d’enregistrement, la manière de produire… Nous tentons de jouer ces musiques du mieux que nous le pouvons en en respectant l’esprit. Nous ne voulons pas trahir ce qu’elles sont. Mais il est évident que UNITONE ne pourra pas reproduire à l’exactitude ce qui se faisait avant. Et surtout nous n’en avons pas la prétention.
Mais pour l’instant les retours que nous avons sont positifs. Le public est content de découvrir ces « nouvelles » musiques et les professionnels (programmateurs, presse…) montrent un intérêt à ce que nous faisons. Alors…
Qu'est ce qui fait la spécificité de votre musique ?
Nous. Ce que nous sommes en tant qu’individus, et en tant que groupe. Comme on l’a dit plus haut : UNITONE, c’est une aventure humaine. Une fondation. Nous n’avons pas la prétention de faire une musique exceptionnelle. Ce qui fait notre originalité ce sont les liens qui nous unissent dans la musique mais aussi dans la vie. Frères, sœurs, amis d’enfance, couple…
En résumé, on aurait pu faire n’importe quelle autre musique. L’essence du groupe aurait été la même. A la limite, la musique n’est qu’un prétexte.
Vous avez sorti le 3 titres "Many moods" en mars 2006. Un album est en préparation pour bientôt ?
Nous avions déjà sorti un premier album en 2003 (« Same Sound » – prod. Uppertone). « Many Moods » se veut plus professionnel. Notre démarche a été d’enregistrer dans un studio pro. « Le Pavillon » situé à Besançon et le tout a été mixé au studio « 8pm » de Lyon par Gégé qui sonorise Bawajafar’n’free. Tout a été fait de manière plus carrée que pour notre premier album qui correspondait moins à ce que nous jouons actuellement.
Maintenant, il est vrai que nous avons la volonté d’enregistrer un nouvel album. Quand et comment sont des questions auxquelles nous devons encore répondre. L’idée est toute neuve. Nous ne voulons pas aller trop vite. Cet album doit être mûri pour nous permettre de vraiment avancer dans le monde de la musique. C’est pour ça qu’on ne veut pas brûler les étapes. Il sera sans doute autoproduit comme nos deux premiers albums, mais nous espérons trouver un distributeur. Peut-être y aura-t-il une sortie 45t avant cela… On en parle. Mais, chaque chose en son temps et un temps pour chaque chose.
Quel est le statut des musiciens qui composent Unitone ? Vous êtes concernés par les problèmes que rencontre le milieu musical et artistique dans sa majorité ?
Nous sommes tous des amateurs. Kroukaman est intermittent mais il ne vit pas de l’activité de Unitone. Marco « Dubwise » également mais il sonorise plein d’autres choses à côté. En somme, tout ce que nous faisons dans UNITONE est bénévole. On ne touche rien. L’argent des concerts est reversé pour produire les enregistrements, payer les factures du local, un peu de communication et c’est tout. On vit complètement le problème du milieu musical. A savoir que l’on consacre énormément de temps à notre projet. Des week-ends, des soirées et des vacances pour pouvoir présenter un spectacle et des productions au public. Le gros souci, c’est les cachets que l’on nous propose. Dérisoire par rapport au travail qu’on fournit et qui ne nous permettent même pas de rentrer dans nos frais. Alors quand il s’agit d’enregistrer un album… vous voyez la galère. Avis aux producteurs ou aux mécènes. Pour l’instant c’est uniquement de la débrouille. On est encore loin de penser à l’intermittence. On a tous des boulots à côté qui nous permettent de vivre. Le cumul de toutes nos activités pèse lourd sur la fatigue. On ne se démotive pas et on espère juste avoir un jour un retour de notre travail. On n’est pas trop exigent. Déjà, Sunatcha travaille à mi-temps pour nous. Emploi largement financé par l’Etat mais c’est un peu une concrétisation de quatre années de travail ensemble.
Est-ce que vous développez d'autres projets en parallèle des concerts et de la composition ?
A long terme c’est vital ! En 2003, on a crée une association, UPPERTONE, pour gérer le groupe, encaisser les cachets et payer nos différents frais. Depuis janvier 2006, elle regroupe plusieurs formations reggae de Besançon : iRie Team (www.irieteam.com) et Gimick Sound (
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) qui font du new-roots. Il y a également une série de sound systems qui gravitent autour de tout cela. On tend à donner un cadre juridique à d’autres formations ainsi qu’un lieu de travail.
Parallèlement à cela, l’association développe la scène des musiques jamaïcaines sur Besançon et sa région. Un comité de programmation vient d’être créé et on entend bien faire notre place pour la saison qui arrive. On développe des partenariats avec des évènements ou des festivals. On propose de faire de la communication et de la promotion sur des concerts ou des sorties d’albums. Sachant que plusieurs émissions de radio sont tenues par des personnes de l’association.
J’en profite pour inviter les groupes qui le souhaitent à prendre contact avec nous pour d’éventuels dates de concerts sur Besançon :
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ou via le site du groupe : www.unitone.fr
Comment arrivez-vous à véhiculer votre musique actuellement ? Quel rôle joue Internet dans votre démarche de promotion ?
Les concerts restent la meilleure façon de se faire connaître et de faire connaître notre musique. C’est un travail de longue haleine. Heureusement pour nous, Sunatcha fait un boulot important et on arrive à avoir de bons articles dans la presse. Notamment une double page dans le Ragga du mois de juin. C’est le genre d’apparition qui peut nous rendre visible. Après ça, Internet est un véritable outil de secours pour les groupes comme nous. Ca permet de faire du démarchage à moindre coup et c’est rapide. Pas besoin de payer de timbres, d’enveloppes ou de press-book. Ou du moins un minimum. Et puis, la toile pullule de bons sites reggae comme le votre qui mettent en lumière des formations comme la notre. Donc c’est sûr qu’Internet représente beaucoup dans notre stratégie de promotion.
D’autant que sur notre site Internet (www.unitone.fr), n’importe qui peut découvrir notre musique puisque notre son est en écoute. On peut également faire de la petite distribution car nos deux opus y sont en vente. Donc c’est sûr que c’est un bon moyen de diffusion. Rien que le fait d’être en lien sur les sites de Bawajafar’n’free ou de Dub Incorporation permet d’avoir une promotion qui est loin d’être négligeable…
En tout cas, nous vous remercions très sincèrement de l’attention que vous avez témoignée à nous et à notre musique. Souhaitant que votre projet se poursuivre et se construise encore et encore…
Ecouter "Stay with me" sur l'album 3 titres "Many Moods"