DobaCaracol : du roots au féminin Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
03-10-2006
 
DobaCaracol est né en 1998, de la rencontre entre Doriane Fabreg (Doba) et Carol Facal (Caracol). En huit ans d’existence, ce groupe s’est agrandi de quatre musiciens hors pairs, a arpenté les scènes des cinq continents aux côtés de Tryo ou Alpha Blondy et leur deuxième album Soley (Indica, 2004) a reçu un Disque d’Or (50 000 exemplaires) au Canada, le pays d’adoption de leurs parents. Sur scène, les deux chanteuses jouent de plusieurs instruments à percussion et donnent un spectacle dansant et charmant. A l’occasion de leur passage à Meaux (77) au festival Musik’elles, fin septembre 2006, les deux amies reviennent sur leur groupe avec un accent québécois sacrément délicieux, tabernac !

 

Quels sont vos premiers souvenirs musicaux ?


Doriane : Les premières chansons que j’écoutais étaient celles des Schtroumpfs, et j’ai commencé dès 14 ans à jouer de la guitare et des percussions. Sinon, j’ai été baignée très jeune dans la musique psychédélique puisque mon père est bassiste, il a notamment joué avec Magma dans leur début.


Carol : Mes parents chantaient dans une chorale de classique, ils écoutaient des artistes français comme Ferré et Brassens, et ils m’ont fait joué du violon à 5 ans. A partir de 12 ans, lorsque je me suis mise à écouter de la chanson populaire par moi-même, j’ai commencé à jouer de la guitare toute seule dans ma chambre et j’ai arrêté le violon après une overdose de classique à 17. Mais ma formation à l’orchestre du conservatoire m’a donné des bases solides et formé l’oreille.

 


 


Quel est votre parcours ensuite ?


Carol : Quand on s’est rencontré, avec Doriane, on a tout de suite joué percu/voix. Parallèlement, on était toutes les deux choristes dans un groupe de reggae québécois qui s’appelait Kalyroots. C’était beaucoup plus connu que Doba. Ça a permit de nous faire connaître, car on jouait quelques morceaux sur scène, et ça nous a donné beaucoup d’expérience.

Vous avez appris la musique avant le chant ?


Carol :
Pour moi, tout est venu en même temps : les percussions, le chant la guitare, envie de danser, de voyager…


Doriane : Je me suis mise à la percu en rencontrant Carol. Je chantais déjà beaucoup, mais sans le faire sur scène. Les rares fois où je l’avais dans le métro, ça me prenait déjà tout mon courage !



D’où viennent les influences que vous avez dans la voix ?


Doriane : Je dirais qu’Ella Fitzgerald est une grosse, grosse référence pour moi, Zap Mama est venue après. J’écoutais aussi beaucoup de folk et de funk.


Carol : Je ne crois pas qu’il y ait UNE chanteuse à laquelle j’ai voulu ressembler. Nous avons toutes les deux des parents immigrants, et on a toujours été attirée par l’ailleurs et l’envie d’écrire. Aujourd’hui, je me considère moins comme une chanteuse qu’une fille qui écrit des chansons, sans modèles et avec de nombreuses influences.

Tous les instruments que vous utilisez viennent de leur pays d’origine ?


Doriane : La majorité de nos instruments a été ramenée lors de voyages en Afrique (djembe, kalimba, darbouka, tama, calebasse). Ce qui nous plait dans le son des percussions africaines c’est le côté brut et roots du son mais nous jouons aussi sur des bongos cubains.

Les percussions latines ont un son beaucoup plus « léché » qu’on ne recherche pas spécialement. Les bongos, par exemple, on leur a donné un son plus brut pour les utiliser.

Votre rencontre avec François Lalonde (arrangeur et réalisateur de The Living Road de Lhasa) a été décisive pour la conception de votre dernier album Soley ?


Carol : Oui, la rencontre avec François a été capitale. Il nous a beaucoup aidé sur le travail au niveau de l’album et nous avons développé une belle amitié avec lui. Sur notre premier album (Le Calme-son, production indépendante, 2001), le son n’était pas aussi « pensé ». Pour faire Soley, on s’est demandé avec qui on avait envie de travailler et on a tout de suite pensé à lui, car on avait bien aimé son travail avec Lhasa de Sela. On ne regrette pas, ça a été une belle expérience. Il a joué du banjo, de la batterie, du vibraphone et aussi des percussions avec n’importe quoi, une grille de four…

 



Mohammed « Momo » Coulibaly (ex-batteur d’Alpha Blondy et Tiken Jah Fakoly) vous a aussi beaucoup apportez ?


Carol : Lui, c’est notre batteur depuis trois et demi, et c’est surtout notre sauveur ! Il y a eu des chansons qui ne sonnaient pas, même après les avoir retournées dans tous les sens. Là, on dit : « Vas-y, Momo ! » et il rattrape de tout, en apportant ses mélodies et ses rythmes. Il construit une chanson à partir de rien. Je me rappelle, pour « Nakilé », ça a pris vingt minutes, il a écrit des paroles en Sénoufo, il a dit à chacun de nous ce qu’on devait faire et ça a sonnaié tout de suite. C’est une chanson très belle, qui fait des personnifications typiquement africaines de l’Amour avec différents objets.

En écoutant votre album, on remarque un contraste étonnant entre le côté brut et viril de la percussion et la sensualité de vos voix. Est-ce travaillé ?


Carol : L’album essaie de rassembler les démarches musicales assez différentes de chacun. C’est un point de rencontre entre nous tous. Ce qui fait que certaines chansons ont des arrangements de cordes ou de cuivres très travaillés. La beauté du disque est de donner aux morceaux un son avec plus de profondeur. François Lalonde avait beaucopu d’idées dans ce sens-là.


Doriane :
L’enregistrement de l’album a été comme une bulle. Pour la scène, c’est beaucoup plus percussif, plus rentre-dedans. Le côté mélodique est encore là, mais on privilégie davantage le groove.

 


Lors du concert, cela se confirmera rapidement. Au bout de deux chansons, le public est conquis, certains reprennent les paroles en chœur et tout le monde danse. Les deux Québécoises ont des chorégraphies synchronisées sur leur jeu de djembé.

Propos recueillis par Emmanuel Lemoine pour Reggatom.com 
 
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