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 LE DUB EN FRANCE
     

La jeunesse de France (de partout et d’ailleurs) s’est appropriée le Dub, il conviendrait donc d’en prendre pleinement la mesure.

 

Né du plus pur reggae roots jamaïcains il y a une trentaine d’années, dans des conditions légendaires, le dub dès ses origines possède tout pour fasciner des générations de musiciens et ce bien au delà du reggae stricto sensu.

Le dub naît d’un accident, dans des studios modestes et enfumés d’une île du tiers monde (trop près des USA , trop loin de Dieu).

 

En effet, l’ingénieur du son (probablement Lynford Anderson) oublie d’enregistrer les vocaux sur les bandes magnétiques d’une formation reggae classique. Ce dernier loin de mettre cette bande au rebut en profite pour partir dans un nouveau champs expérimental, en enregistrant par dessus (en anglais to dub = réenregistrer). Dès lors, tout était permis et les règles du jeu étaient fixées pour longtemps : une base musicale dépouillée que l’on va retravailler ; un personnage central - l’ingénieur du son.

 

Ainsi, le dub en temps que genre musical à part entière est la première musique contemporaine a inventer la notion de remix.

 

Dès le début des seventies, les producteurs jamaïcains (Studio 1, Coxsone, etc...) laissent les faces B des 45 tours aux ingénieurs du son., qui morcelant les voix, guitares et cuivres, remixent les titres en accentuant la basse et la batterie (strickly Drum & bass). Ils commencent par " déconstruire " le morceau en enlevant 99,5% des vocaux ; ensuite celui-ci est reconstruit autour de la base basse/batterie avec de nombreux effets, échos, bruitages, etc... Il devient ainsi, plus long, plus hypnotique et plus profond. Cette dernière reconstruction distingue fondamentalement le morceau Dub du simple instrumental (ce dernier étant le même morceau, même partition mais sans les voix, ce qui laissait la possibilité aux toasters de s’exprimer dans les Sound System avant même l’existence du Dub).

 

La mise à plat des lignes mélodiques (qui préfigure les techniques moderne du remix tel que l’échantillonnage), et le caractère déterminant des rythmes font du dub une des origines essentielle de la musique électronique.

 

Les ingénieurs du son Jamaïcains comme King Tubby, que l’on considère en règle générale comme l’inventeur ou le godfather du dub, l’inventif et néanmoins perturbé Lee " Scratch " Perry, Bunny Lee, ou E.T. Thompson accèdent au statut d’artiste. Les pionniers du Dub sont rapidement reconnus comme " mixer-producer ", et constituent une réelle avant-garde pour la musique mondiale de cette époque, plutôt fondée sur un chanteur-compositeur ou bien sur un groupe de musique.

 

N’importe qu’elle B-side de 45 tours remixée par King Tubby est un gage de succès pour le disque (ses productions sont largement rééditées aujourd’hui par le label Blood & Fire de Steve Barrow, archéologue du reggae dub de l’âge d’or). Et dès 1973 les premiers albums de dub sont vendus au public.

 

De plus, ils créent des vocations quasi immédiates telles que Scientist, Augustus Pablo, Mikey Dread, Harry " Junjo " Law, Jah Shaka, Mad Professor et tout récemment dans les 90’s toute la scène néo-dub Anglaise (Disciples, Rootsman, Iration Steppa, Bush Chemists, Zion Train, Rockers Hifi,...) et Allemande (Unitone Hifi).

 

L’influence du remix explose dès lors les frontières du reggae et de la Jamaïque. Tel un cours d’eau on peut retrouver des confluents parfois tout à fait inattendus ; citons pour exemple, l’explosion des maxi-45 tours de disco remixés (extented mixs, club mixs...) qui ont fait les beaux jours de nombreux D.J. pendant toutes les 70’s et tout les maxis de House music actuels ont un " dub mix " (même si cela n’a plus grand-chose à voir avec le dub classique).

 

Dès la fin des années 70, le temps de l’internationalisation et du métissage est venu; les artistes jamaïcains s'exportent en Angleterre, grâce aux succès mondial de Bob Marley.

 

Le dub rencontre réellement le Punk, là ou il n’y avait eu qu’une déclaration d’intention dans la rencontre entre le Punk et le reggae (notamment 2 titres phares de 1977 Punky reggae party de Bob Marley & the Wailers produit par Lee Perry ; Police & Thieves reprise par The Clash du chartbuster de Junior Murvin initialement produit encore et toujours par l’ineffable Lee Perry), le dub réussi à convaincre. Notamment, avec des groupes comme "The Clash " dont la collaboration avec l’ingénieur du son Mikey Dread est une des plus intéressante et des plus enrichissante pour les deux parties. Celle-ci se poursuit sur plusieurs mois en studios et en concert et influencera une quantité incalculable de jeunes artistes (y compris parmi la scène dub française actuelle). Cette échange oecuménique préfigure la Sono mondiale actuelle, sans laquelle les nouvelles scènes électroniques ne sauraient pas tout à fait les mêmes. Citons encore les " Ruts " remixés par Mad Professor et encore plus récemment remixés par Zion Train ou les " Basement five " premier groupe punk black (dont le bassiste se retrouvera quelques années plus tard dans le trop injustement sous estimé Big Audio Dynamite, combo précurseur de la sono mondiale, fondé par Mick Jones des Clash et Don Letts vidéaste notamment de Bob Marley).

 

A Londres, le jeune Adrian Sherwood réussi à s’attirer les services du mythique Prince Far I et de Style Scott (Roots Radics). De cette rencontre naitra le label On-U Sound dont le Dub Syndicate est le groupe " résident ", avec lesquels collaboreront Bim Sherman, et plus rarement Mikey Dread , mais aussi bon nombre d’artistes blancs issus de la scène Punk underground Londonienne (Gary Clail...). Ces gens se targuaient d’avoir 10 ans d’avance sur tous le monde (ils dataient leurs disques de 1982 = 1992 !), mais le plus fort c’est qu’ils avaient raisons... 

 

Le métissage devient sonore à la fin des années 80 et, avec l'arrivée des samplers et de l’home-studio (qui par là même démocratise l’accès à la création sonore) certains le qualifient de Novo Dub. Le dub se digitalise et se modernise, les B.P.M. s’accélèrent parfois furieusement, tout en gardant ses racines analogiques à travers les effets, l'utilisation de bandes, les techniques de mix...

 


 

STUDIO 20, Piratedub’s studio, Dub from the vault.

 

Les nouvelles technologies ont rendu possible un dub toujours plus expérimental, futuriste et urbain tout en respectant une structure roots qui elle n’a guère évoluée, avec des labels comme Third eye music, Boomshakalaka, Universal Egg en Angleterre, ou Wordsound & Power aux USA, Echo-beach en Allemagne.

 

D’autres musiques récentes doivent beaucoup au dub : la Techno bien sûr et surtout le Trip Hop (Smith & Mighty, Massive Attack, Thievery Corporation...) et la jungle/Drum & Bass (Roni Size, Grooverider, Goldie...). En Angleterre cette influence est tellement grande que certains utilisent le terme, abusivement selon nous, de Dub pour qualifier n’importe quel remix.

 

En France, une certaine spécificité est dans, le métissage est peut-être encore plus fort que partout ailleurs. N’en déplaise à certains la France est une terre d’immigration et de mélange mais aussi une terre d’intégration (à l’opposée du communautarisme Anglo-Saxon). La scène française du Dub est porteuse de cette réalité là (rappelons nous ses incroyables sessions des Lyonnais d’High-Tone avec un Gnawa de Marakech).

 

Une autre spécificité du dub français est la présence de musiciens sur scène. La scène dub en France est essentiellement une affaire de live band à quelques exceptions près comme Piratedub, miniman… C’est la différence de la scène anglaise ou jamaicaine qui est une affaire de producer et de sound system.

 

Doucement, discrètement, les premiers à faire du dub hexagonal sont les groupes étiquetés punk ou underground (La Souris Déglinguée, Oberkampf, et Ausweis ses derniers finissent par être totalement convertis et jouent derrière le regretté Puppa Leslie, on retrouve un des membres aujourd’hui dans Dub wiser). Puis, le Dub en France a rencontré la scène alternative sur le déclin depuis la fin des années 80 (rappelons nous des Stéphanois de Babylon Fighters dont certains membres sont toujours dans le dub). Elle partage avec cette dernière l’esprit " Do-it your self " (hérité du punk anglais et de la première scène techno de Détroit), la volonté d’indépendance et le fonctionnement en réseau.

 

Ici comme ailleurs, elle a influencé la scène techno, dont le style ambient et les chill-out en sont les manifestations les plus claires et évidentes. Plus improbable elle est en connexion avec la scène industrielle et Hardcore (Lab, Amadou Sall de Collapse, Treponem Pal...).

 

En outre, l’incroyable essor de la scène House française (this so famous French Touch, que l’on nous envie pour la première fois, outre-Manche, au Japon et partout dans le monde ...) a rendu un fier service aux musiciens Français, qu’ils soient derrière leurs instruments ou derrière leurs machines : elle leur a enlevé tout complexe !

 

De surcroît, les vocaux comme pour la House sont tout à fait accessoires, pour le coup la barrière du langage n’est plus un problème. On citera Seven Dub, Rinôçérose à leurs débuts, la compilation " French Dub Connection " (sur laquelle figurent Laurent Garnier, Kojak...) il est d’ailleurs étonnant de constater que la première compilation consacrée à cette scène est produite par un label Allemand !

 

Les Djins quant à eux (flirtant par ailleurs avec la jungle) expérimente avec Chet un mélange forcément unique puisque grâce à eux le dub rencontre la chanson française ...

 

 

Le cinéma Français est aussi sensible à ce genre (...),

 

L’image vient souvent en soutien du live (comme pour palier l’absence du chanteur ?) avec des V-Jay (vidéo Disc-jockeys)... On obtient parfois un art total de mix d’image et de son.

 

Par ailleurs, le phénomène n’est pas uniquement Parisien ce qui témoigne de la richesse et de la vitalité de la scène. De Lyon à Bordeaux, de Montpellier à Angers, de Paris à Marseille en passant par Lille un réseau s’est développé.

 

Citons notamment High-Tone, Zenzile, Improvisator Dub, Brain Damage, Ezekiel, Kaly Live Dub, Dub wiser, Lab°, Seven Dub et Piratedub. Celle-ci est composée de gens normaux et globalement assez modestes (ce qui à ce niveau rompt avec certains excès du Rock ou des DJ reconnus).

 

 

 

 

Elle est de plus en plus organisée et de plus en plus affranchie des poncifs parfois trop pesant du reggae (notamment religieux et psychotropes) .

 

La plupart sont des formations instrumentales ce qui semble être une spécificité française, sauf Piratedub seul au contrôle des machines.

 

La scène possède aussi de nombreux Sounds Systems partout en France (Manutension, Red Lion, Dub action de Paris, Dreadlyon Hi Fi et Pila à Lyon etc…) puis aussi le label Jarring effect, Hammerbass & Dreadlyon Rcds.

 

 


 

 

Signalons aussi un fanzine consacré au style Culture Dub à Poitiers.

 

Signe indéniable de reconnaissance internationale, on commence a collaborer avec des " pointures " étrangères (Massilia avec Mad Prof., Impro Dub avec the Disciples, Jonah Dan, Brain Damage avec Tena Stelin, Dreadlyon Rcds avec U-BROWN..).

 

Vous n’avez pas fini d'en entendre parler...

 

Toutes les musiques depuis 30 ans ont beaucoup emprunté au Dub jamaicain. Que ce soit en tant qu’influence strictement musicale, ou que ce soit comme technique d’enregistrement et de remix.

 

En France aujourd’hui se développe une scène hétérogène qui a assez de générosité pour rembourser l’emprunt, et ce avec des intérêts.... Il est temps de s’y intéresser avant que cela ne devienne trop Hype.

 

Unkle FA ; Biotekdub Promozione, DREADLYON Rcds

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